Maria Damanaki : Les préoccupations de la France seront prises en compte

(Le Marin du 08/02/2013 - André Thomas)

Le Marin

Maria Damanaki, commissaire européenne chargée de la Pêche et des Affaires maritimes, a visité Euromaritime jeudi 7 février et prononcé un discours à cette occasion, après une rencontre avec Frédéric Cuvillier, ministre délégué chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche.

La veille, le mercredi 6 février, le Parlement européen avait massivement adopté le texte principal portant la réforme de la politique commune de la pêche, comportant notamment la mesure-phare de l’interdiction des rejets.

 

Lors de son discours officiel, Maria Damanaki, venue porter sa foi en la « croissance bleue », a insisté sur le potentiel formidable de l’économie maritime, qui « peut créer des millions d’emplois » et « aider à tirer l’Europe hors de la récession ».

Cependant, signe des temps, si Maria Damanaki a cité l’aquaculture – au même titre que l’énergie – comme l’un des secteurs porteurs de cette « blue growth » (« croissance bleue » en anglais) présentée dans un rapport récent de la Commission, elle n’a pas prononcé le mot « pêche ».

Interrogée sur ce point par le marin, elle a indiqué notamment indiqué que « les préoccupations de la France seront prises en compte » lors de la nouvelle étape de discussion qui s’ouvre désormais entre la Commission, le Conseil et le Parlement.

A l’issue d’une rencontre informelle sur le salon, sa première avec la commissaire européenne, le président du comité national des pêches, Gérard Romiti, notait que Maria Damanaki semblait ouverte à un certain dialogue sur les modalités d’application du « zéro rejet ».

L’une des principales revendications des pêcheurs français sera que l’Europe permette, notamment en desserrant les possibilités de construire des navires de jauge plus forte, d’adapter la flotte à cette nouvelle contrainte.

Maria Damanaki, vous estimez que la « croissance bleue » peut contribuer à tirer l’Europe hors de la récession. Quels sont les principaux secteurs qui peuvent selon vous permettre d’y parvenir ?

Tous les secteurs de l’économie maritime sont interdépendants. C’est pour cela que nous créons des clusters maritimes. Mais nous nous concentrons sur certains secteurs, qui présentent plus de potentiel en termes de création d’emplois. Les énergies marines, pas seulement l’éolien, mais également l’énergie des courants, des vagues, etc.

En deuxième lieu, l’aquaculture, car nous manquons de production et importons énormément. Le tourisme littoral, qui offre de nombreuses opportunités. Les biotechnologies bleues, qui permettent de fabriquer de nombreux nouveaux produits en matière de cosmétiques, de médicaments.

Et enfin l’exploitation minière des fonds marins.

Ce sont les secteurs les plus prometteurs. Je suis donc là pour rencontrer les investisseurs et examiner les directions que nous devons emprunter. Voir par exemple comment la construction navale peut aider au tourisme littoral.

Par quels moyens l’Europe peut-elle aider au développement de l’emploi maritime ?

C’est une question importante. Je pense qu’en premier lieu les investisseurs ont besoin de disposer de garanties sur le plan légal. Ils ont besoin d’une législation simple, qui puisse aider en matière d’innovation et donner les meilleurs résultats. Un exemple : nous allons aider les États membres en matière de planification de l’espace maritime.

C’est nécessaire, par exemple, pour aider les investisseurs qui recherchent des lieux d’implantation en aquaculture ou en production d’énergie. J’en suis certaine, car ils s’adressent à moi. Si l’on peut disposer d’une bonne planification de l’espace, qui prévoie ce qui est dédié au tourisme, au transport, à l’aquaculture, et ainsi de suite, nous obtiendrons la garantie nécessaire.

Le second point est d’appuyer l’innovation. Nous devons l’appuyer, à partir de fonds européens. Un exemple, qui vient d’ailleurs d’une excellente proposition française, vise à accompagner l’installation de jeunes à la pêche. Nous devons les aider à avoir la possibilité d’entrer dans cette profession. Comme vous le savez, le monde de la pêche est fermé.

Dans le discours que vous avez prononcé tout à l’heure, vous n’avez pas mentionné la pêche. Fait-elle encore partie de la « croissance bleue » ?

Oui, absolument. Hier, le Parlement européen (NDLR : le 6 février) s’est prononcé en faveur de la réforme. Nous avons de nombreuses études qui montrent que si nous suivons cette voie, nous obtiendrons de meilleurs stocks et nous pourrons développer l’emploi de 30 % au cours des dix prochaines années dans le secteur de la pêche. Je sais qu’il y aura une période de transition difficile, je peux comprendre cette préoccupation et nous devons aider les pêcheurs à la traverser.

Le Parlement européen a procédé à un vote très important hier, estimez-vous que vous parviendrez à un accord avec le conseil des ministres ?

Ce n’est pas terminé, nous avons encore beaucoup de travail. Nous devons maintenant travailler avec les ministres et le Parlement dans le cadre d’un trilogue réunissant le Parlement, le Conseil et la Commission. Nous devons mettre au point la manière dont nous allons appliquer la réforme. C’est encore beaucoup de travail, y compris pour la Commission.

Nous devons par exemple voir comment nous allons appliquer l’arrêt des rejets, comment affecter nos fonds pour aider les pêcheurs, leurs navires. J’ai commencé cette discussion dès aujourd’hui avec M. Cuvillier. Nous devons maintenant mettre au point l’agenda, examiner les conséquences réelles de la décision prise. Je peux vous assurer que les préoccupations de la France seront prises en compte.

En dépit de votre agenda très chargé, vous avez visité Euromaritime, pourquoi ?

Je dois dire que j’adore Paris, mais ce n’est pas la seule raison. Le secteur maritime français est très avancé. Le Cluster maritime français est très bien organisé. Je tiens à souligner qu’Euromaritime est le premier salon maritime après la présentation de notre communication sur la « croissance bleue ». Les Français ont été les premiers à reprendre le message. Je devais être là, car nous devons diffuser cette bonne compétence.

 

© Photo - 02/2013 - Le Marin - Propos recueillis par André THOMAS, traduction le marin.

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